Camille Claudel : 1864-1943
Par Cobab, dimanche 5 novembre 2006 à 11:29 :: Vu quelque part :: permalien #77
Par la Compagnie des Passages. Adapté et mis en scène par Christine Farré à partir de la correspondance de Camille Claudel et de textes d'Henri Asselin, Paul Claudel, Octave Mirbeau, Thomas Morhardt et Auguste Rodin.
À l'opposé des clichés romantico-cucul habituels sur Camille artiste-maudit-écrasée-par-le-poids-de-son-génie, Christine Farré nous propose, en restant au plus près des rapports entre Camille et ses proches, une réflexion poignante portant aussi bien sur la genèse de la folie individuelle que sur la ségrégation ou uen certaine impossibilité de communication.
La folie de Camille prend toute sa dimension à être replacée dans le réseau de ses rapports humains, de ses rapports aux hommes plus particulièrement -- aucune autre femme dans la pièce, sauf à compter l'absence pesante de la mère, qui est presque un personnage. On voit quasiment cliniquement comment le délire de persécution prend racine dans une ségrégation réelle, pour finir par prendre pour cible principale les seules personnes qui pourraient constituer un appui réel.
Christine Farré réussit un véritable tour de force de montage textuel ; les lettres de Camille et de Rodin ou de son frère se répondent comme une conversation ordinaire, Mirbeau tonne, nous croyons à un dialogue écrit, et soudain une date, une formule de politesse, une coupure et le léger effet de distanciation nous permet, quasi-instantanément, un recul sur les émotions que nous continuons à ressentir pour prendre conscience de ce qui s'est joué du rapport au monde de la personne qui refuse sa place assignée dans la société (et la place assignée aux femmes vers 1840, c'était pas rien).
Dans une scénographie citant sans cesse les œuvres connues ou moins connues de l'artiste, en un va-et-vient permanent entre leur aura et les conditions de leur conceptions, Ivanna Copola, littéralement habitée, partage les affres de la passion, de la création, et ce désespoir de celui qui se tape le nez dans les portes fermées -- comme le plafond de verre, mais en fer. Nous vivons au long des quelques quatre-vingts berges la transformation de la suffragette révolte en parque condamnée, jusqu'au terme ponctué par l'hypocrisie cauteleuse du bigot d'ambassade[1].
Il est trop tard pour le voir à Charenton, la pièce passe à Nogent-le-rotrou le 17 novembre, en décembre à Toulon (attention, site très moche) et sans doute plus tard ailleurs. Courez-y !
Notes
[1] Je m'emballe. Rien que d'y repenser, ça m'énerve.

Commentaires
1. Le samedi 9 décembre 2006 à 07:36, par aragon
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