Ç Quand le capitalisme perd la tte È, de Joseph E. Stiglitz
Par Cobab, vendredi 21 octobre 2005 à 13:47 :: Politique et société :: permalien #43
Ancien conseiller de Clinton, ancien directeur Žconomiste en chef (merci Éric, lien via le Monolecte) de la Banque mondiale, prix Nobel d'Žconomie, et prŽcŽdemment co-auteur de La Grande DŽsillusion, J. Stiglitz poursuit la vulgarisation de sa critique de l'orthodoxie nŽo-libŽrale.
Cet ouvrage se prŽsente comme une sorte de bilan de ses annŽes de conseiller Žconomique du prŽsident Clinton, bilan sans concession y compris pour lui-mme, et poursuit et prolonge ses rŽflexions sur la mondialisation prŽsentŽes dans la Grande DŽsillusion.
L'intŽrt de l'ouvrage est double : il prŽsente d'une part une vision Ç de l'intŽrieur È d'une Žquipe gouvernementale, avec ses divisions et ses rapports de force, avec sa volontŽ politique et ses soumissions ˆ des forces extŽrieures, et retrace l'histoire Žconomique et olitique des États-Unis dans les annŽes 1990 Ñ annŽes de la grande dŽrŽglementation et de la bulle boursire dite de la Ç nouvelle Žconomie È, mais aussi des scandales type Enron ; d'autre part, il dresse une critique de la mondialisation financire et de la dŽrŽglementation, du point de vue Žcobnomique et du point de vue de l'image des États-Unis dans le monde.
Je ne me vois gure rŽsumer l'ouvrage ; je prŽfre inciter ˆ le lire, son style est allant et exempt de lourdeur. J'en extraierai simplement quelques idŽes fortes.
- Le dŽficit budgŽtaire : S'il se fŽlicite du travail effectuŽ sous Clinton pour rŽduire le dŽficit, il insiste nŽanmoins, dans la plus pure tradition keynŽsienne, sur le r™le de relance de l'Žconomie que peut jouer un dŽficit raisonnable et ma”trisŽ, et surtout transitoire.
- L'indŽpendance de la banque centrale et l'obsession anti-inflationniste : Stiglitz critique trs fortement l'obsession anti-inflationniste partagŽe par le TrŽsor amŽricain, la Fed[1] et les marchŽs financiers, ainsi que la thŽorie du Nairu ; il est d'ailleurs assez fier que la baisse du ch™mage sous Clinton n'ait pas entra”nŽ d'inflation. En tout cas, il fŽrocement contre la prioritŽ absolue de l'inflation dans la politique des banques centrales Ñ et trs critique sur l'indŽpendance de ces banques par rapoprt au pouvoir politique.
- Sur la mondialisation : Stiglitz dŽplore que Clinton ait accŽdŽ au pouvoir sans vŽritable projet en politique extŽrieure. il constate que du coup, les intŽrts particuliers d'une part, les et les vues libŽrales du TrŽsor ont primŽ. Il se dit avoir ŽtŽ surpris, en arrivant ˆ la banque mondiale, de voir que l'administration Clinton professait, voire imposait, aux pays Žtrangers l'exact inverse de ce qu'elle promouvait aux États-Unis.
Au total, ce livre prŽsente au moins deux intŽrts : il fourmille d'idŽes Žconomiques ˆ contre-courant, dont l'Europe ferait bein de s'inspirer un chouille ; et il constitue un tŽmoignage Ç vu de l'intŽrieur È du fonctionnement d'un gouvernement, avec ses limites, ses compromissions, ses erreurs et ses coups de chanceÉ Par contre, l'Ç idŽalisme dŽmocratique È prchŽ par Stiglitz et qui semble essentiellement se ramener au lieu commun du Ç jusdte Žquilibre È entr le marchŽ et l'État me semble plut™t creux Ñ du moins tant qu'il reste dans les gŽnŽralitŽs, car sur des exemples concrets on viot se dessiner une vraie ligne politique. Bon, on peut tre un grand Žconomiste et rester naïf en philosophie politiqueÉ
Notes
[1] Les statuts de la Fed prŽcisent que sa politique monŽtaire doit prendre en compte l'inflation et le ch™mage ; mais dans les faits la prioritŽ est accodrŽe ˆ la lutte contre l'inflation.


Commentaires
1. Le mardi 25 octobre 2005 à 04:52, par eric
2. Le mercredi 26 octobre 2005 à 19:11, par Cobab
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