Nouvel anti-fŽminisme
Par Cobab, jeudi 20 octobre 2005 à 13:08 :: Politique et société :: permalien #39
Quelques rŽflexions sur la rhŽtorique pseudo-progressiste de la tristesse[1]
Notes
[1] C'est chiŽ comme sous-titre, hein ?
Guillermo cite le dernier papier de la grande Mona Chollet, suite ˆ un entretien de LibŽ avec Philippe Maniglier ; profitons-en pour rappeler ce qu'elle Žcrivait, il y a un an, ˆ propos du livre-reniement de Mme Badinter. L'argument de ce monsieur me rappelle certain[1] papier parfaitement honteux de Robert Redeker dans Le Monde du 10 avril 2004 ˆ propos des anti-pub. Cela m'amne ˆ me poser quelques questions sur l'usage fallacieux d'une vulgate pseudo-spinoziste, voire pseudo-nietzschŽenne[2], empruntant mme parfois des oripeaux soixante-huitards, et aboutissant ˆ condamner, ici le fŽminisme, lˆ le refus de la publicitŽ[3], au nom de la joie, du dŽsir, du bonheurÉ
Deux constantes semblent repŽrables dans ce type de discours : la premire est la mise ˆ l'Žcart de tout un pan du problme, sous prŽtexte de positivitŽ, qui permet d'affirmer qu'il existe des choses bonnes « en soi È : le dŽsir, le sexeÉ et que tout ce qui prŽtendrait leur imposer des limites est mortifre. Bon, c'est surtout un procŽdŽ rhŽtorique commun, et il est vrai que Spinoza n'est pas (c'est le moins qu'on puisse dire) un penseur du nŽgatif Ñ mme s'il est dr™lement abusif de se parer de son autoritŽ pour poser un quelconque absolu.
La deuxime, qui m'appara”t plus importante, consiste en l'impermŽabilitŽ ˆ tout vŽcu autre que le sien propre, l'exaltation de son particulier existant ŽlevŽ au rang d'universel. Mme Badinter et ses copines ont des maris comprŽhensifs et des activitŽs professionnelles enrichissantes, aussi ne comprend-elle pas que des femmes puissent se plaindre ; Mr Maniglier considre sain que les fantasmes des employŽs de bureau Ñ mais pas des employŽes Ñ s'expriment sur le lieu de travail ; Mr Redeker a envie de voir de jolies femmes court vtues dans les couloirs de son mŽtro quotidien Ñ cela renforce son envie d'tre unique, comme tout le monde. De mme Mr Onfray conclut-il sa ThŽorie du corps amoureux en affirmant, en substance, qu'il n'a pas envie d'tre embtŽ par des salmigondis sentimentaux pour jouir du corps d'une femme, et qu'il lui semble plus honnte de payer carrŽment. Aucun ne se pose la question de ce qu'il pourrait en tre pour des personnes dans d'autres situations Ñ la caissire ˆ mi-temps, la nana subissant les vannes graveleuses, la personne harcelŽe par ses enfants pour la dernire game-boy, la pute, par exemple.
De fait, dans ces discours, le dŽsir, la joie, la volontŽ de puissance, sont toujours du c™tŽ de la domination. Ce que l'on reproche aux victimes qui se rŽvoltent, c'est de causer de la tristesse chez leurs oppresseurs. La question du conatus de l'opprimŽ est toujours seconde, toujours l'expression d'un ressentiment ; elle est condamnable en ce qu'elle s'oppose au bonheur d'opprimer dans la joie.
Notes
[1] Perdu.
[2] M. Onfray est un bon exemple de ce dŽvoiement de Nietzsche.
[3] On remarquera que dans ces deux cas au moins il s'agit de luttes Žchappant ˆ l'accusation habituelle de communautarisme.

Commentaires
1. Le jeudi 20 octobre 2005 à 16:42, par Guillermo
2. Le jeudi 20 octobre 2005 à 16:56, par Cobab
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