Le gueblo du Cobab

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

LibertŽ de circulation

Un commentaire chez Éolas me permet de prŽciser mes idŽes sur la libertŽ de circulation, droit qui semble ˆ certains exorbitant.

Dans un commentaire sous l'excellent billet d'Éolas sur l'expulsion d'une famille vers l'AmŽrique Latine, un certain Bob affirme :

dŽcreter que rŽsider 6 ans en France (É) donne un droit de rŽsider ˆ vie sur le territoire, c'est considŽrer, ce que certains rŽclament, que toute personne peut choisir ˆ son grŽ le lieu de sa rŽsidence en ce bas monde.

ce que pour sa part, il refuse au moins pour la France au nom de Ç la distinction fondementale de nos dŽmocraties, entre le citoyen, qui peut rŽsider librement dans son pays, et celui qui ne l'est pas. È

Dans un commentaire un peu plus loin, je rŽpondais de manire sarcastique et lapidaire :

Quelle impudence ! et pourquoi pas se marier avec la personne de son choix, tant qu'on y estÉ J'ai mme entendu dire que certains rŽclament de pouvoir choisir ˆ leur grŽ le lieu de leurs investissement industriels, rendez-vous compte !

ce qui prŽsente l'avantage de mettre en parallle la libre circulation des capitaux, dont on nous dit qu'elle ne doit subie aucun frein, et celle des hommes (et donc de la force de travail), qu'il serait si dangereux Ñ pour nous, s'entend Ñ de laisser s'exercer. Mais cela reste court comme argumentation, et pourrait mme laisser entendre que je trouve insupportable toute limitation de la libertŽ de circulation. Je ressens donc le besoin de mettre les choses au point, sans trop troller chez le Ç pape incontestŽ de la blogosphre judiciaire È (dixit Paxa).

Puisqu'on parle de libertŽ, de droit, de manire sinon abstraite, du moins au niveau des principes, la premire chose ˆ faire est de se rŽfŽrer aux principes proclamŽs des droits reconnus ˆ chaque homme, donc ˆ la DŽclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948, reconnue au dernires nouvelles par la France, et qui constituent le texte princeps de ce qu'on peut appeler notre Ç religion civile È (au sens rousseauiste). Il se trouve qu'elle fort claire sur ce point :

Article 13.

1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa rŽsidence ˆ l'intŽrieur d'un État.

2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Article 14.

1. Devant la persŽcution, toute personne a le droit de chercher asile et de bŽnŽficier de l'asile en d'autres pays.

On notera deux choses : il n'y est question ni de libertŽ d'entrer dans un pays, seulement de le quitter ; il n'y est pas question non plus de libertŽ d'installation ailleurs que dans un pays o l'on est dŽjˆ. Cependant, la libertŽ de quitter tout pays implique qu'au moins un pays dans le monde laisse entrer des ŽtrangersÉ et il n'y a pas de raison qu'un seul pays doive recueillir toute la misre du monde, n'est-ce-pas. L'affirmation du droit d'asile, est, elle, sans ambiguïtŽ.

On voit donc clairement la marge rglementaire dont disposent les États par rapport ˆ l'immigration. On voit aussi comment une politique visant ˆ rendre impossible l'immigration lŽgale peut tre considŽrŽe comme contrevenant ˆ ces droits (sans mme parler de la politique actuelle du droit d'asileÉ).

Entendons-nous bien : dans un État de droit, une libertŽ, un droit, pour s'exercer, _doit_ tre encadrŽe par la loi Ñ et donc, en partie, limitŽe par rapport au Ç droit naturel È d'aller et venir : or, aujourd'hui, en France, mis ˆ part le regroupement familial (toujours plus difficile par ailleurs), il n'existe quasiment plus de possibilitŽ d'immigration lŽgale. La seule voie de devenir rŽsident Žtranger est d'entrer clandestinement et de rester sans-papier un temps suffisant Ñ et d'accumuler soi-mme les preuves de sa situation irrŽgulire.

Cette situation entra”ne, paradoxalement, l'impossibilitŽ de quitter le territoire franais ds lors qu'on y a des attaches suffisamment forte : puisqu'on ne pourrait pas revenir. On a ainsi vu des enfants d'immigrŽs, nŽs sur le territoire franais et y ayant toujours vŽcu, se faire refuser la nationalitŽ au prŽtexte de vacances d'ŽtŽ passŽes Ç au bled È, les empchant de se prŽvaloir d'une Ç prŽsence ininterrompue È sur le territoireÉ j'ai Žgalement un ami proche, camerounais, pre de deux petites franaises, qui n'a pu visiter sa mre mourante car cela revenait ˆ abandonner sa famille.

Ainsi, ses limitations excessives accordŽes au droit de circulation, et qui visent en fait ˆ dŽnier ce droit, aboutissent Žgalement ˆ violer d'autres droits fondamentaux : notamment l'ŽgalitŽ des droits en matire de travail, de santŽ, de protection socialeÉ

Rétroliens

1. Le samedi 12 novembre 2005 à 00:10, de EmpyrŽe

La question des sans-papiers

Edouardo Vous avez certainement entendu parler de la cha”ne de protestations bloguesques pour Eduardo, initiŽe apparemment par ma”tre Eolas et LibŽration. Il s’agit d’un enfant nŽ en France de parents latino-amŽricains en situation...

Les rétroliens pour ce billet sont fermés.

Commentaires

1. Le vendredi 23 septembre 2005 à 12:42, par BBD

- Judicieuse est l'idŽe d'Žvoquer dans un premier temps que la circulation des biens est libre pour conclure ˆ une circulation des personnes qui devrait tre aussi libre que la premire. C'est une figure de rhŽtorique bien trouvŽe !

- Etayer cette conclusion au visa de la DŽclaration universelle des droits de l'Homme (DUDH) est en revanche moins judicieux. La DUDH n'a en effet qu'une portŽe politique, solennelle et symbolique ; elle est dŽpourvue de toute portŽe juridique et force contraignante, ainsi que le rappellent les juges franais. Autrement dit, l'inobservation de la DUDH par un Etat, quand bien mme il l'aurait signŽe, ne peut tre sanctionnŽe. C'est que la DUDH a en rŽalitŽ ŽtŽ, ˆ l'Žpoque, une invitation faite aux Etats de prendre des dispositions en faveur des droits de l'Homme. Les Etats se sont ainsi regroupŽs au plan rŽgional pour Žlaborer des instruments de protection de ces derniers. Tel est le cas de la Convention europŽenne des droits de l'Homme (Conv. EDH) signŽe en 1950 et ratifiŽe par la France en 1974.
- A la diffŽrence de la DUDH, la Conv. EDH a une portŽe juridique et une force contraignante. Le juge franais comme le juge europŽen (la Cour europŽenne des droits de l'Homme) peut donc sanctionner la violation de la Convention par un Etat signataire. C'est d'ailleurs son article 8 que ne manquent pas d'Žvoquer les Žtrangers : le droit au respect de la vie privŽe et familiale. Une jurisprudence abondante de la Cour existe sur ce sujet.

- La conclusion selon laquelle la circulation des personnes devrait tre libre parce que la circulation des biens est libre n'est toutefois pas convaincante. L'analogie entre biens et personnes peut dŽjˆ tre mal perue. Mais surtout, la circulation des biens n'est pas aussi libre que cela. Songeons aux frontires douanires qui existent partout dans le monde (et l'affaire du textile chinois ?). Songeons encore ˆ la protection que le Gouvernement franais entend Žtablir sur certains secteurs Žconomiques contre les acquisitions par des sociŽtŽs Žtrangres (et les inquiŽtudes suscitŽes par la rumeur d'OPA de PepsiCo sur Danone ?). Il n'est donc pas si sžr qu'il soit question de rendre totalement libre la circulation des biens (ou des capitaux) : des freins, nombreux, existent bel et bien et il est entendu de ne pas y toucher.
- La libertŽ de circulation des personnes n'est pas non plus aussi dŽliŽe de la libertŽ de circulation des biens. Elles sont mme plut™t indissociables. Songeons ˆ l'Union europŽenne : la libertŽ de circulation des biens et la libertŽ de circulation des personnes sont affirmŽes identiquement. En dŽfinitive, les biens et les personnes ne circulent donc avec la mme libertŽ qu'au sein de mmes espaces communs (soit au sein d'un mme Etat, tel est d'ailleurs le sens de l'article 13.1 de la DUDH ; soit au sein de plusieurs Etats ayant alors instituŽ une communautŽ, telle la CommunautŽe europŽenne).

2. Le vendredi 23 septembre 2005 à 13:44, par Cobab

Vous avez bien entendu raison, mon billet n'est en aucun cas un argumentaire juridique. Je ne Ç conclus È en aucune manire de la libre circulation des biens ˆ celle des personnes (et je fais encore moins d'analogie entre les biens et les personnes !), je n'affirme pas non plus que la libre circulation des biens est rŽalisŽe : je fais simplement remarquer que l'une est quasi unanimement vue comme un bien en soi, l'autre comme un danger, et que cela pose (ou devrait poser) problme ˆ l'humaniste. C'est donc un peu plus qu'une figure de rhŽtorique, mais Žvidemment aucunement un argumentaire juridique.

De mme je sais fort bien que la DUDH n'a pas valeur juridique (ˆ la diffŽrence de la Convention europŽenne) ; mais elle est l'exposŽ des valeurs auxquelles les Ç dŽmocraties occidentales È se targuent d'adhŽrer : sa force argumentative n'est pas nulle.

En bref, je ne prŽtendais nullement le droit positif satisfasse ˆ la libertŽ de circulation ; il appert mme souvent le contraire. Je dŽsirais simplement montrer que loin d'tre une lubie d'extrŽmiste libertaire, elle s'argumente ˆ partir de la mme base humaniste que celle dont se rŽclament Ç nos È dŽmocraties. (Et cela, sans prŽjudice de la critique, y compris humaniste, de la formulation de ces droits.) Si vous voulez, je parlais pus de lŽgitimitŽ que de lŽgalitŽ.

3. Le vendredi 23 septembre 2005 à 13:46, par Attila

Ç mon billet n'est en aucun cas un argumentaire juridique È

Eh ouais Babkro, n'est pas Éolas qui veut !

Ajouter un commentaire

Le gueblo du Cobab

Le gueblo est propulsé comme on dit par Dotclear d'Olivier Meunier, à travers une adaptation du thème Keepsake du à Kozlika, sous un titre pompé sans vergogne au regretté Igwal. un grand merci à eux.

Il est hébergé coopérativement chez Ouvaton. Pour des réclamations sur le contenu du gueblo (articles ou commentaires), merci de m'écrire. La loi vous autorise également à vous plaindre directement à l'hébergeur.

Sauf mention particulière, je (Cobab) suis l'unique auteur de tout le contenu du blog, à l'exception bien entendu des commentaires. En cas de reprise, merci de citer la source...

Dernières nouvelles d’ailleurs

Claude Guillon

Oreste

Les mots sont importants

Le Typographe

Calendrier

« septembre 2005 »
lunmarmerjeuvensamdim
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930