LibertŽ de circulation
Par Cobab, jeudi 22 septembre 2005 à 10:14 :: Politique et société :: permalien #16
Un commentaire chez Éolas me permet de prŽciser mes idŽes sur la libertŽ de circulation, droit qui semble ˆ certains exorbitant.
Dans un commentaire sous l'excellent billet d'Éolas sur l'expulsion d'une famille vers l'AmŽrique Latine, un certain Bob affirme :
dŽcreter que rŽsider 6 ans en France (É) donne un droit de rŽsider ˆ vie sur le territoire, c'est considŽrer, ce que certains rŽclament, que toute personne peut choisir ˆ son grŽ le lieu de sa rŽsidence en ce bas monde.
ce que pour sa part, il refuse au moins pour la France au nom de Ç la distinction fondementale de nos dŽmocraties, entre le citoyen, qui peut rŽsider librement dans son pays, et celui qui ne l'est pas. È
Dans un commentaire un peu plus loin, je rŽpondais de manire sarcastique et lapidaire :
Quelle impudence ! et pourquoi pas se marier avec la personne de son choix, tant qu'on y estÉ J'ai mme entendu dire que certains rŽclament de pouvoir choisir ˆ leur grŽ le lieu de leurs investissement industriels, rendez-vous compte !
ce qui prŽsente l'avantage de mettre en parallle la libre circulation des capitaux, dont on nous dit qu'elle ne doit subie aucun frein, et celle des hommes (et donc de la force de travail), qu'il serait si dangereux Ñ pour nous, s'entend Ñ de laisser s'exercer. Mais cela reste court comme argumentation, et pourrait mme laisser entendre que je trouve insupportable toute limitation de la libertŽ de circulation. Je ressens donc le besoin de mettre les choses au point, sans trop troller chez le Ç pape incontestŽ de la blogosphre judiciaire È (dixit Paxa).
Puisqu'on parle de libertŽ, de droit, de manire sinon abstraite, du moins au niveau des principes, la premire chose ˆ faire est de se rŽfŽrer aux principes proclamŽs des droits reconnus ˆ chaque homme, donc ˆ la DŽclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948, reconnue au dernires nouvelles par la France, et qui constituent le texte princeps de ce qu'on peut appeler notre Ç religion civile È (au sens rousseauiste). Il se trouve qu'elle fort claire sur ce point :
Article 13.
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa rŽsidence ˆ l'intŽrieur d'un État.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Article 14.
1. Devant la persŽcution, toute personne a le droit de chercher asile et de bŽnŽficier de l'asile en d'autres pays.
On notera deux choses : il n'y est question ni de libertŽ d'entrer dans un pays, seulement de le quitter ; il n'y est pas question non plus de libertŽ d'installation ailleurs que dans un pays o l'on est dŽjˆ. Cependant, la libertŽ de quitter tout pays implique qu'au moins un pays dans le monde laisse entrer des ŽtrangersÉ et il n'y a pas de raison qu'un seul pays doive recueillir toute la misre du monde, n'est-ce-pas. L'affirmation du droit d'asile, est, elle, sans ambiguïtŽ.
On voit donc clairement la marge rglementaire dont disposent les États par rapport ˆ l'immigration. On voit aussi comment une politique visant ˆ rendre impossible l'immigration lŽgale peut tre considŽrŽe comme contrevenant ˆ ces droits (sans mme parler de la politique actuelle du droit d'asileÉ).
Entendons-nous bien : dans un État de droit, une libertŽ, un droit, pour s'exercer, _doit_ tre encadrŽe par la loi Ñ et donc, en partie, limitŽe par rapport au Ç droit naturel È d'aller et venir : or, aujourd'hui, en France, mis ˆ part le regroupement familial (toujours plus difficile par ailleurs), il n'existe quasiment plus de possibilitŽ d'immigration lŽgale. La seule voie de devenir rŽsident Žtranger est d'entrer clandestinement et de rester sans-papier un temps suffisant Ñ et d'accumuler soi-mme les preuves de sa situation irrŽgulire.
Cette situation entra”ne, paradoxalement, l'impossibilitŽ de quitter le territoire franais ds lors qu'on y a des attaches suffisamment forte : puisqu'on ne pourrait pas revenir. On a ainsi vu des enfants d'immigrŽs, nŽs sur le territoire franais et y ayant toujours vŽcu, se faire refuser la nationalitŽ au prŽtexte de vacances d'ŽtŽ passŽes Ç au bled È, les empchant de se prŽvaloir d'une Ç prŽsence ininterrompue È sur le territoireÉ j'ai Žgalement un ami proche, camerounais, pre de deux petites franaises, qui n'a pu visiter sa mre mourante car cela revenait ˆ abandonner sa famille.
Ainsi, ses limitations excessives accordŽes au droit de circulation, et qui visent en fait ˆ dŽnier ce droit, aboutissent Žgalement ˆ violer d'autres droits fondamentaux : notamment l'ŽgalitŽ des droits en matire de travail, de santŽ, de protection socialeÉ

Commentaires
1. Le vendredi 23 septembre 2005 à 12:42, par BBD
2. Le vendredi 23 septembre 2005 à 13:44, par Cobab
3. Le vendredi 23 septembre 2005 à 13:46, par Attila
:: Fil rss des commentaires de ce billet ::
Ajouter un commentaire
Faire suivre ce billet