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Bernard DebrŽ sur les Ç Gay Games È : cachez ces pŽdŽs que je ne saurai voir

Le rŽquisitoire de Bernard DebrŽ contre les Ç Gay Games È a entra”nŽ quelques rŽactions. J'ignorais jusqu'ˆ avant-hier l'existence mme des ces jeux, et aurais plut™t tendance ˆ m'en ficher totalement (moi, le sportÉ quoique.), mais ce texte est un exemple si parfait de la rhŽtorique anticommunautariste que je tiens ˆ faire quelques remarques.

Bernard DebrŽ, dŽputŽ de Paris, (frre de, et fils de, bon, aucune importance), a pondu commis publiŽ jeudi 15 septembre un papier dans le Figaro intitulŽ Ç Non au Gay Games È (Les archives du Fig sont payantes, mais l'article a ŽtŽ repris par l'inŽnarrable Observatoire du communautarisme). Seb a ŽtŽ le premier ˆ rŽagir par quelques remarques de bon sens, puis Philippe Liotard, anthropologue et sociologue, qui s'intŽresse ˆ l'homophobie dans le sport depuis pas mal de temps, enfonce le clou. Son analyse est que les propos de B. DebrŽ refltent l'attitude et le discours, qui prŽcisŽment, expliquent l'existence et le succs des G. G. Il Žcrit :

Ce rŽquisitoire est incontournable pour comprendre pourquoi les Gay Games existent depuis maintenant plus de vingt ans. Il est incontournable car le propos tenu par DebrŽ, alors mme qu'il vise le contraire (dŽnoncer leur existence) expose ce qui fonde historiquement et sociologiquement les motivations de leurs organisateurs.

Aux remarques de ces deux auteurs, qu'il me soit permis d'ajouter mon grain de sel. Le papier de B. DebrŽ est absolument typique des discours anticommunautaristes :

  • les faits ne l'intŽressent pas (il est trs facile de savoir que les G. G. ne sont pas Ç rŽservŽs È aux homosexuels), il prŽfre suivre le fil de son fantasme (Ç Mais comment prouver son homosexualitŽ ? Par un certificat prouvant son orientation sexuelle ? Certificat bien entendu contraire ˆ la loi. Qui Žtablirait un tel certificat ? Une haute autoritŽ jugera-t-elle les litiges ? È) sans s'inquiŽter une seule seconde de savoir s'il correspond ˆ quelque chose de rŽel ;

  • le maniement de la peur sur le mode du Ç o cela nous mnera-t-il È (demain, peut-tre, les ngres !) ;

  • l'imputation ˆ la minoritŽ stigmatisŽe d'tre elle-mme ˆ l'origine des discriminations (Ç Il ne faut donc pas, par une attitude provocante et absurde, que les homosexuels eux-mmes s'isolent des autres. Des actes irresponsables pourraient faire voler en Žclats le consensus ŽlaborŽ non sans mal ! È Ñ c.-ˆ-d. que si des idŽes homophobes s'expriment, il ne faudra pas s'en prendre ˆ leurs auteurs mais bien aux homosexuels) ;

  • la nŽgation des discriminations rŽelles, renvoyŽes ˆ un passŽ heureusement surmontŽ par l'idŽal rŽpublicain (Ç N'oublions pas qu'au milieu du XXe sicle, rŽgnait dans le monde une intolŽrance mortelle : racisme anti-Noirs aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, homophobie partout en Europe, antisŽmitisme dont l'apogŽe fut le nazisme et la Shoah. È Tout le monde sait bien aujourd'hui que le racisme anti-noir, l'homophobie et l'antisŽmitisme ont ŽtŽ ŽradiquŽs.) ;

  • le reproche de trop grande visibilitŽ de ces minoritŽs, sur le mode Ç on est bien forcŽ de les tolŽrer, mais qu'ils se fassent discrets au moins È : la tenue des ces jeux est vŽcue comme une Ç provocation È ;

  • le recours ˆ des idŽaux abstraits et dŽsincarnŽs (ici particulirement ridicules : Ç Le sport est, par nature, fait pour gommer les diffŽrences È, parles-en ˆ un handicapŽ !) ;

  • l'aveuglement sur soi, le refus de se remettre soi-mme en cause (Ç A mon sens, l'urgence serait plut™t de combattre l'homophobie encore trop prŽsente dans le milieu sportif È, mais surtout pas de combattre l'homophobie encore trop prŽsente chez certain dŽputŽ de Paris, n'est-ce pas) ;

  • enfin, une homophobie rŽelle mais masquŽe (ou plut™t suggŽrŽe ˆ demi-mot, pour obtenir un effet de connivence) : comment comprendre autrement que les G. G. soient Ç une injure faite au sport È ?

Finalement, des phrases comme : Ç [les Gay Games] dŽboucheront immanquablement sur une stigmatisation, un repli sur soi et vraisemblablement sur la recrudescence de tensions È ou Ç Alors, de gr‰ce, veillons ˆ ne pas rŽveiller des sentiments inacceptables. È, dont le sens en franais courant (non xyloglotte) est Ç retenez-moi ou je fais un malheur È ne peuvent tre lues par les personnes visŽes que comme une menace : On vous tolre, mais ne vous montrez pas trop, ou on reviendra aux bonnes vieilles mŽthodes.

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Commentaires

1. Le mardi 20 septembre 2005 à 15:14, par sŽbastien

Tout ce que tu dis est trs juste et permet de dŽmonter, avec clartŽ et prŽcision, la dialectique de DebrŽ.

Comme le dit Philippe liotarrd, il va falloir rester vigilants car les propos de ce type vont se multiplier ˆ l'approche de la dŽsignation finale.

2. Le mardi 20 septembre 2005 à 16:32, par Cobab

Ç les propos de ce type vont se multiplier È

un peu de respect, il est dŽputŽ quand mme ;o)

3. Le mardi 20 septembre 2005 à 17:17, par Antoine DB

Ce qui vous dŽrange le plus, c'est que pour une fois, on s'oppose ˆ vos actions communautaristes ! Je sais que c'est dur mais il est bon qu'enfin un Žlu national prenne position clairement sur ce sujet. Expliquez moi juste un instant l'intŽrt des "Gay games".
Au mme titre que les association que M. DELANOE subventionne grandement (association des handicapŽs homosexuels, association des personnes ‰gŽes homosexuelles ...), je suis choquŽ par ces dŽrives. A quoi sert une association des handicapŽs homosexuels par exemple ? Une personne handicapŽe homosexuelle ne peut-elle pas aller ˆ l'APF ?
Il est un peu facile de tenter de nous culpabiliser et ainsi refuser le dŽbat ...

4. Le mardi 20 septembre 2005 à 20:29, par Cobab

J'adore le Ç pour une fois È, alors que ce genre de discours domine dans les mŽdias, les dŽbats publics, les marchŽs, les bistrotsÉ

Par ailleurs ce ne sont pas Ç mes È actions. Je n'ai rien ˆ voir avec quoi que ce soit qui ressemble de prs ou de loin ˆ une activitŽ sportive (dans mes passe-temps, on apprend plut™t ˆ respecter ses limites ;o).

Ensuite, je ne comprends pas bien l'intŽrt de s'y opposer. Si a ne vous intŽresse pas, n'y allez pas. Vous opposez-vous avec la mme force aux actions communautaristes des blogueurs parisiens qui pique-niquent ensemble une fois par mois ?

Ç Expliquez moi juste un instant l'intŽrt des "Gay games" È

il est double. Triple mme. D'abord, il met ˆ jour l'homophobie ambiante. Il la questionne, il la bouscule (je renvoie au texte de Ph. Liotard, particulirement les deux premires remarques. Le lien Žtait dŽfectueux dans l'article, je rŽpare.). Ensuite, il permet aux homos, trans etc. qui ont envie de faire du sport d'en faire sans se faire insulter (ou bien pireÉ) en sortant des vestaires. Ensuite, cela je ne l'ai dŽcouvert qu'hier (voir mon commentaire chez Ph. Liotard, http://liot.tooblog.fr/?2005/09/17/23-les-gay-games-analyseurs-de-lhomophobie#co), ils inventent une pratique sportive libŽrŽe des catŽgories, de la performance, du classement hiŽrarchique.

Ç A quoi sert une association des handicapŽs homosexuels par exemple ? Une personne handicapŽe homosexuelle ne peut-elle pas aller ˆ l'APF ? È

Vous n'tes ni handicapŽ ni homosexuel, je parierais. La richesse et la diversitŽ des associations est une vieille tradition franaise Ñ on peut dire que le vrai pilier de notre sociŽtŽ, c'est la loi de 1901. Pourquoi vouloir une seule association pour chaque spŽcificitŽ personnelle ? Si des personnes ont cru bon de fonder cette association, c'est sans doute que l'APF ne leur convenait pas. Peut-tre est-elle peu sensible aux discriminations contre les homosexuels, par exemple.

Il existe toutes sortes d'associations, certaines plus bizarres les unes que les autres. il existe une association des cadres bretons, par exemple. Mais on ne fustige pas le communautarisme des bretons ou des blogueurs parisiens : ces communautarismes-lˆ ne sont pas une menace pour le communautarisme majoritaire. Les deux seuls communautautarismes rŽprŽhensibles sont le gay et celui dit Ç musulman È (qui amalgame en fait plusieurs communautŽs sŽcantes, ne se dŽfinissant par exclusivement par l'islam, et le dŽbordant largement).

Ç tenter de nous culpabiliser È

qui est ce Ç nous È ? quelle est cette personne collective que je tenterais de Ç culpabiliser È ? et ˆ quel Ç eux È s'oppose-t-il ? Que je sache, les propos de Bernard DebrŽ n'engagent que lui. il ne me semble pas avoir dans ce billet critiquŽ aucun groupe social capable de dire Ç nous È.

Ç refuser le dŽbat È

un peu fort de cafŽ ! Il me semble au contraire que Seb, Ph. Liotard et moi-mme* faisons ce que nous pouvons pour le lancer, ce dŽbat.

* au moins deux hŽtŽros sur les trois, au passage.

(note pour Seb : au fait, tu as rŽussi ˆ devancer mon troll domestique ! bravo !)

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