Bernard DebrŽ sur les Ç Gay Games È : cachez ces pŽdŽs que je ne saurai voir
Par Cobab, mardi 20 septembre 2005 à 10:48 :: Politique et société :: permalien #13
Le rŽquisitoire de Bernard DebrŽ contre les Ç Gay Games È a entra”nŽ quelques rŽactions. J'ignorais jusqu'ˆ avant-hier l'existence mme des ces jeux, et aurais plut™t tendance ˆ m'en ficher totalement (moi, le sportÉ quoique.), mais ce texte est un exemple si parfait de la rhŽtorique anticommunautariste que je tiens ˆ faire quelques remarques.
Bernard DebrŽ, dŽputŽ de Paris, (frre de, et fils de, bon, aucune importance), a pondu commis publiŽ jeudi 15 septembre un papier dans le Figaro intitulŽ Ç Non au Gay Games È (Les archives du Fig sont payantes, mais l'article a ŽtŽ repris par l'inŽnarrable Observatoire du communautarisme). Seb a ŽtŽ le premier ˆ rŽagir par quelques remarques de bon sens, puis Philippe Liotard, anthropologue et sociologue, qui s'intŽresse ˆ l'homophobie dans le sport depuis pas mal de temps, enfonce le clou. Son analyse est que les propos de B. DebrŽ refltent l'attitude et le discours, qui prŽcisŽment, expliquent l'existence et le succs des G. G. Il Žcrit :
Ce rŽquisitoire est incontournable pour comprendre pourquoi les Gay Games existent depuis maintenant plus de vingt ans. Il est incontournable car le propos tenu par DebrŽ, alors mme qu'il vise le contraire (dŽnoncer leur existence) expose ce qui fonde historiquement et sociologiquement les motivations de leurs organisateurs.
Aux remarques de ces deux auteurs, qu'il me soit permis d'ajouter mon grain de sel. Le papier de B. DebrŽ est absolument typique des discours anticommunautaristes :
- les faits ne l'intŽressent pas (il est trs facile de savoir que les G. G. ne sont pas Ç rŽservŽs È aux homosexuels), il prŽfre suivre le fil de son fantasme (Ç Mais comment prouver son homosexualitŽ ? Par un certificat prouvant son orientation sexuelle ? Certificat bien entendu contraire ˆ la loi. Qui Žtablirait un tel certificat ? Une haute autoritŽ jugera-t-elle les litiges ? È) sans s'inquiŽter une seule seconde de savoir s'il correspond ˆ quelque chose de rŽel ;
- le maniement de la peur sur le mode du Ç o cela nous mnera-t-il È (demain, peut-tre, les ngres !) ;
- l'imputation ˆ la minoritŽ stigmatisŽe d'tre elle-mme ˆ l'origine des discriminations (Ç Il ne faut donc pas, par une attitude provocante et absurde, que les homosexuels eux-mmes s'isolent des autres. Des actes irresponsables pourraient faire voler en Žclats le consensus ŽlaborŽ non sans mal ! È Ñ c.-ˆ-d. que si des idŽes homophobes s'expriment, il ne faudra pas s'en prendre ˆ leurs auteurs mais bien aux homosexuels) ;
- la nŽgation des discriminations rŽelles, renvoyŽes ˆ un passŽ heureusement surmontŽ par l'idŽal rŽpublicain (Ç N'oublions pas qu'au milieu du XXe sicle, rŽgnait dans le monde une intolŽrance mortelle : racisme anti-Noirs aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, homophobie partout en Europe, antisŽmitisme dont l'apogŽe fut le nazisme et la Shoah. È Tout le monde sait bien aujourd'hui que le racisme anti-noir, l'homophobie et l'antisŽmitisme ont ŽtŽ ŽradiquŽs.) ;
- le reproche de trop grande visibilitŽ de ces minoritŽs, sur le mode Ç on est bien forcŽ de les tolŽrer, mais qu'ils se fassent discrets au moins È : la tenue des ces jeux est vŽcue comme une Ç provocation È ;
- le recours ˆ des idŽaux abstraits et dŽsincarnŽs (ici particulirement ridicules : Ç Le sport est, par nature, fait pour gommer les diffŽrences È, parles-en ˆ un handicapŽ !) ;
- l'aveuglement sur soi, le refus de se remettre soi-mme en cause (Ç A mon sens, l'urgence serait plut™t de combattre l'homophobie encore trop prŽsente dans le milieu sportif È, mais surtout pas de combattre l'homophobie encore trop prŽsente chez certain dŽputŽ de Paris, n'est-ce pas) ;
- enfin, une homophobie rŽelle mais masquŽe (ou plut™t suggŽrŽe ˆ demi-mot, pour obtenir un effet de connivence) : comment comprendre autrement que les G. G. soient Ç une injure faite au sport È ?
Finalement, des phrases comme : Ç [les Gay Games] dŽboucheront immanquablement sur une stigmatisation, un repli sur soi et vraisemblablement sur la recrudescence de tensions È ou Ç Alors, de gr‰ce, veillons ˆ ne pas rŽveiller des sentiments inacceptables. È, dont le sens en franais courant (non xyloglotte) est Ç retenez-moi ou je fais un malheur È ne peuvent tre lues par les personnes visŽes que comme une menace : On vous tolre, mais ne vous montrez pas trop, ou on reviendra aux bonnes vieilles mŽthodes.

Commentaires
1. Le mardi 20 septembre 2005 à 15:14, par sŽbastien
2. Le mardi 20 septembre 2005 à 16:32, par Cobab
3. Le mardi 20 septembre 2005 à 17:17, par Antoine DB
4. Le mardi 20 septembre 2005 à 20:29, par Cobab
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