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Violences policires : un blogueur condamnŽ pour diffamation

Samantdi, Franois Bon, Janu et maintenant moi-mme relayons la nouvelle transmise par Jean-Michel Maulpoix, qui est condamnŽ pour diffamation aprs avoir relayŽ le tŽmoignage de Brice Petit, victime de violences policires. (J'avais ŽtŽ informŽ ˆ l'Žpoque par Indymedia Paris.)

Commentaire personnel : Il semble que J.-M. M. et B. P. aient commis l'imprudence de laisser visibles les patronymes des policiers signataires du procs-verbal, les accusant ainsi nommŽment de mensonge. J'ignore quel a ŽtŽ prŽcisŽment le motif de la condamnation pour diffamation, mais Brice Petit ayant ŽtŽ relaxŽ du dŽlit d'outrage Ñ ce dont on ne peut que se rŽjouir Ñ, il me semble que l'accusation de mensonge ne peut tre considŽrŽe comme diffamatoireÉ bon, sans les lumires d'Éolas, je suis un peu perdu dans ces domaines.

Important : un comitŽ de soutien est organisŽ ˆ partir du site de Franois Bon. Ils ont besoin d'appui moral et financierÉ

Voici le texte de J.-M. Maulpoix :

Deux Žcrivains, deux professeurs face ˆ la justice

Deux Žcrivains, l'un et l'autre Žgalement professeurs de lettres, condamnŽs en premire instance le 31 aožt par le tribunal de Montpellier ˆ 6000 euros d’amende et de frais de justice pour avoir diffusŽ un tŽmoignage sur des violences policires.

La scne, hŽlas, est devenue presque ordinaire : un citoyen assiste par hasard dans la rue ˆ l’une de ces interventions policires que l’on dit Ç musclŽes È : S.D.F ˆ terre, le visage en sang, badauds aux fentres et forces de l’ordre aux abois. IndignŽ par tant de violence inutile, il juge opportun de dire tout haut ce qu’il en pense, avec calme, mais fermetŽ. Comme il refuse de Ç circuler È, on le menotte, on l’embarque au commissariat, on le fouille au corps, il passe la nuit dans une cellule sur une planche en bois. Au matin, on l’inculpe pour outrage ˆ agents, non sans le Ç charger È au passage pour des insultes qu’il se dŽfend d’avoir prononcŽes.

C’est ce qui est arrivŽ, le 28 avril 2004, ˆ l’Žcrivain Brice Petit, directeur de la revue Moriturus , jeune professeur agrŽgŽ de Lettres, apprŽciŽ de sa hiŽrarchie pour son sŽrieux et sa rigueur.

Ds le lendemain, de retour chez lui, il rŽdige un compte rendu acŽrŽ des faits qu’il diffuse par mail ˆ ses amis et connaissances. Un collectif se constitue, qui appelle ˆ soutien.

Recevant, comme des centaines d’autres, ce tŽmoignage si troublant, j’ai dŽcidŽ spontanŽment de le publier, tel quel, sur ce site web, pour contribuer ˆ le faire conna”tre. Sans se concerter, une vingtaine d’autres sites font de mme.

Quelques mois plus tard, sans que le moindre avertissement prŽalable me soit parvenu, je me suis vu brutalement citŽ ˆ compara”tre, ainsi que Brice Petit, pour diffamation. L’un des policiers mis en cause avait dŽcouvert par hasard sur internet le texte o figurait son nom : ˆ titre de document, pour appuyer ses dires, Brice Petit avait cru bon de faire figurer l’intŽgralitŽ du procs verbal dressŽ ˆ son encontre, sans biffer le nom des trois fonctionnaires ayant dŽposŽ contre luiÉ

L’affaire a ŽtŽ jugŽe le 9 juin 2005 et le verdict vient juste de tomber : Brice Petit est relaxŽ du grief d’outrage, mais condamnŽ, ainsi que moi-mme, pour diffamation, ˆ 3000 euros d’amende et de frais de justice. Cruelle et curieuse sentence, qui tout ˆ la fois dŽsavoue et mŽnage la police ! Les tŽmoignages convergents citŽs ˆ l’audience par la dŽfense de Brice Petit auraient-ils semŽ le doute dans l’esprit des juges ?

Les policiers font appel, dŽsireux sans doute de sanctions plus lourdes et de Ç compensations È financires plus substantielles. Le parquet suit, bien qu’il ežt demandŽ ˆ l’audience des peines moins sŽvres que celles prononcŽes. Pot de fer contre pot de terre, quel espoir le combat juridique qui s’engage laisse-t-il ˆ ceux qui n’ont cherchŽ ˆ humilier perso nne mais simplement voulu faire preuve d’un esprit de responsabilitŽ et de solidaritŽ, en rapportant des faits singuliers dans le seul but d’inciter ˆ la rŽflexion commune ?

Ceux qui visitent rŽgulirement ce site web afin d’y recueillir des documents critiques sur la poŽsie moderne et contemporaine savent sans doute qu’il n’a rien d’un bržlot et que l’esprit de mesure y prŽdomine. (Je n’y ai d’ailleurs laissŽ en ligne que trs peu de temps ces pages.)

S’il me faut expliquer ˆ nouveau ce geste d’engagement soudain, je dirai simplement que pour un intellectuel la lŽgitime rŽvolte contre les abus de pouvoir, ainsi que l’esprit de solidaritŽ sont parfois plus forts que la frilositŽ.

C ’est l’honneur de ceux qui Žcrivent et publient que de ne pas passer sous silence des tŽmoignages o leur propre pratique assidue de la lecture, de la critique et de l’Žcriture, en vient ˆ discerner des accents de sincŽritŽ et de vŽritŽ assez convaincants pour qu’il soit alors de leur devoir moral de les faire conna”tre.

N’est-ce pas la libertŽ d’expression, le devoir moral d’engagement, l’esprit de solidaritŽ et de responsabilitŽ que frappe par contrecoup ce jugement ? N’y a-t-il plus de place dans notre sociŽtŽ pour autre chose que la duretŽ inflexible de la loi ?

Nous savons que la sociŽtŽ reconna”t aux journalistes un droit ˆ la diffusion de l’information et ˆ son commentaire. Cela confre ˆ leur action la force d’un contre-pouvoir salutaire. Les mŽdias auxquels ils sont liŽs par contrat les protgent. Leur carte de presse est un prŽcieux sŽsameÉ Rien de tel pour l’Žcrivain devenant ˆ l’occasion Ç webmaster È : il fait seul ses choix, sans protection ni secours. Ni jurisprudence, ni structures Žditoriales, ni association, ni sociŽtŽ de presse ayant pignon sur rue ne le garantissent des rigueurs juridiques. Il agit selon son esprit de responsabilitŽ propre, en s’en remettant ˆ son jugement perso nnel et ˆ son intime conviction. Il n’a, pour se dŽfendre, que sa plume et son clavier.

Les rŽflexions auxquelles invite ce pŽnible procs outrepassent largement l’affaire en cause et ses protagonistes.

C’est pourquoi j’appelle toutes celles et tous ceux qui ne restent pas insensibles ˆ cette cause ˆ manifester ˆ la fois leur inquiŽtude et leur soutien.

Jean-Michel Maulpoix

Le 9 septembre 2005

Rétroliens

1. Le mercredi 26 avril 2006 à 13:16, de 2yeux2oreilles

Liberté d'expression & blogs

Je profite d'un débat passionnant sur un blog ami pour soulever une réflexion qui me préoccupe en ces temps où la liberté d'expression est de plus en plus menacée. Si je m'interroge souvent, je prend rarement position sur mon blog ; ce...

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